Vers une mobilité durable : conjuguer efficacité, inclusivité et respect de l’environnement

Comment concevoir une mobilité plus durable et inclusive pour renforcer les atouts du territoire ? Quelles sont les dynamiques actuelles ? Quels leviers d’action pour améliorer le quotidien ?

Temps de lecture :  4 min – 17 Septembre 2020 – L’équipe de LaVilleE+


Femme marchant sur des rails de tramways pour aller à la station
La mobilité est étroitement liée à l’urbanisme et à l’organisation des territoires. Elle permet de connecter à la fois les personnes, les activités et les espaces. Omniprésente dans nos villes, elle est notre quotidien. Souvent associée à la voiture, à la congestion et à la pollution, la mobilité doit se conjuguer au pluriel. De nouveaux modes de déplacement se développent et deviennent notre quotidien. La création de pistes cyclables en est l’exemple. Penser à des formes de mobilité éco-responsables et variées est d’actualité : l’autopartage, les carburants verts, le vélo, les transports en commun, le design actif sont des pistes pour une mobilité éco-responsable et durable.

La mobilité, moteur des dynamiques territoriales ?

Territoire et mobilité

La mobilité est étroitement liée à l’urbanisme. Les territoires sont des espaces qui concentrent les flux, les échanges et les déplacements d’activités et d’individus. Liées par ces dynamiques, la ville et l’offre de mobilité sont en étroites synergies à chaque instant. Celles-ci sont multidimensionnelles, faisant face à des défis variés comme la santé publique, l’aménagement du territoire. Elles doivent aussi répondre aux enjeux écologiques, économiques, sociaux et territoriaux. Il s’agit donc de trouver un moyen d’assurer la mobilité de la manière la plus durable possible, en réduisant les potentielles nuisances causées.

Aujourd’hui, l’usage individuel de la voiture – l’autosolisme – est le mode de déplacement le plus courant en France. En fait, le développement de la voiture a même forgé le modèle urbain et territorial que nous connaissons aujourd’hui. Les objectifs du développement durable nous poussent à nous questionner sur cette pratique et réfléchir à des alternatives plus durables au quotidien. Alors que la voiture permet d’effectuer un trajet de n’importe quelle distance, courte ou longue, à n’importe quel moment et d’une manière personnelle sans contrainte, il s’agit de réfléchir à des moyens et des organisations qui puissent réduire l’usage de la voiture individuelle au profit de modes mutualisés, actifs et décarbonés. 

 La mobilité, une approche au pluriel ?

D’autres formes de mobilité que l’autosolisme carboné existent et se développent. Elles modifient la fabrique urbaine.

Parmi ces modes de transport alternatif, on peut noter les véhicules verts utilisant les nouveaux carburants (électrique, hydrogène, biogaz, etc) et les NVEIs (nouveaux véhicules électriques individuels) – vélos, trottinettes, giropodes, giroroues, …

Selon une enquête de la MAIF réalisée en 2009 :

 94% des personnes pratiquant le covoiturage, le font pour des raisons financières

une voiture coûte en moyenne 6 000 euros par an soit 60 fois plus que le vélo et 20 fois plus qu’un abonnement en transport en commun

Sur un trajet de 30 km effectué chaque jour, le covoiturage permet ainsi d’économiser 1 760 euros par an et par personne.

Les mobilités actives sont aussi en plein essor. Le vélo s’impose dans les villes sous l’influence de la crise sanitaire qui a considérablement acceléré le processus d’adoption, créant même des pénuries de matériels à l’achat. A Paris, le nombre de vélos a bondi de 52% depuis mai 2019 [source]. Vélo et territoires ont même mené une étude en 2020 en France après le confinement et ont observé le fait que « dans les villes, 1 484 vélos sont comptés en moyenne par jour et par compteur (contre 936 avant le confinement). Le chiffre atteint 300 en périphérie et 161 en milieu rural » [source].

Les services de free-floating (libre-service) s’installent de plus en plus durablement dans les offres de mobilité locales. L’ensemble de ces nouvelles mobilités complétent le dispositif de transports en commun – tramway, bus, métro, réseau ferroviaire – et jouent un rôle majeur dans les trajets intermodaux, notamment pour la question de rabattement. A Paris, ce sont plus des 15 000 trottinettes qui sont disposés dans la capitale par 3 opérateurs en 2020. A Bordeaux, plus de 1200 vélos de 2 opérateurs de free-floating évoluent dans la capitale girondine.

Ces transports ont l’avantage d’avoir un impact carbone individuel moins élevé que celui lié à l’utilisation individuelle de la voiture. Finalement, ces différents modes de mobilité ont leurs atouts et leurs inconvénients. Il s’agit de les appréhender dans un système multimodal afin de comparer cette offre à l’usage individuel de la voiture.

Pour aller plus loin : LA MOBILITÉ DURABLE À L’HEURE DE LA LOM, UNE OPPORTUNITÉ POUR LES TERRITOIRES ?

 La mobilité, vecteur d’intégration territoriale et sociale ?

Ces formes de mobilité variées constituent à la fois un vecteur d’intégration territoriale et sociale. L’aménagement des offres de transport permet par exemple entre autres d’économiser de l’espace, de favoriser le développement ou la connexion de quartiers, de préserver des espaces verts et de créer des liens sociaux. Cela participe au bien-vivre d’un territoire et à sa cohésion.

“La RATP est un opérateur de transport mais aussi un acteur de la ville et un vecteur de mixité sociale. Le transport public est un formidable réducteur d’inégalités, en permettant l’accès au travail, à l’éducation”

Mathieu Dunant, directeur de l’innovation a la RATP (2017-2019)

Dans ce cadre, les infrastructures viaires sont un des principaux leviers de changement. Repenser l’organisation de ce tissu permet de proposer un territoire plus durable et inclusif. En développant la multimodalité, la morphologie de la ville – aujourd’hui faite pour la voiture – évolue pour créer des espaces propices à une vie urbaine alternative qui accueille d’autres formes de mobilité plus actives. Les PLU et les SCoT sont des outils mis à dispositions des territoires pour amorcer ces changements. Différentes entités dédiées à la mobilité comme les AOM permettent aussi d’amorcer une transition profonde dans la fabrique de la ville.

Pour aller plus loin : MOBILITÉ À NIAMEY, RENCONTRE AVEC PIERRE-ALEXIS LANGLAIS (ENPTE-CODATU)

Mobilité éco-responsable, vers des déplacements décarbonés

Nouveaux carburants, nouvelles mobilités plus propres

Repenser la mobilité passe en partie par une transition dans l’offre des transports routiers. Développer l’usage des carburants éco-responsables est une étape pour une transition vers la mobilité de demain. Différentes technologies innovantes émergent dont les véhicules hybrides, les véhicules électriques mais aussi les véhicules roulant à l’hydrogène ou au biogaz. Des véhicules « propres » à usage collectif ou mutualisé font parties des solutions pour une mobilité plus durable avec leurs lots de controverses.

Exemple : Vers une autonomie énergétique du réseau de bus lillois grâce au biogaz ?

A Lille, tous les bus du réseau roulent au gaz. La flotte comprend 430 bus alimentés au gaz naturel véhicule (GNV). Ce dernier est partiellement produit dans l’agglomération lilloise, dans le centre de valorisation organique de Sequedin. Le biogaz utilisé est issu d’une valorisation des déchets de la population de l’agglomération, dans une logique circulaire de traitement des énergies fatales. En tout, ce sont plus de 200 millions de voyageurs par an qui se déplacent d’une manière décarbonée dans la métropole lilloise.

La pluralité des mobilités, multimodalité et intermodalité

La diversification des offres de mobilité nécessite d’aménager le territoire pour qu’il puisse accueillir cette pluralité mais aussi connecter ces modes de transport. En plus de proposer une offre multimodale, les territoires doivent faciliter l’utilisation de ces transports en créant un réseau commun : c’est l’intermodalité.

La technologie MaaS (Mobility as a Service) permet d’accéder à différentes offres de transport – publiques et privées – d’une manière interopérable grâce à une carte ou une application. Ce “bouquet de services” permet d’assurer « une mobilité multimodale sans couture” sur la totalité d’un territoire, selon Renaud Lagrave, président de Nouvelle-Aquitaine Mobilités. [source]

Les pôles d’échanges multimodaux incarnent cela. Ils sont des lieux de vie à eux même, polarisant et dynamisant le tissu urbain existant. Ces lieux accueillent à la fois des offres de mobilité mais aussi des lieux dédiés au commerce, à la vie sociale ou autres. Outre leurs fonctions techniques, ces espaces cherchent à réinventer l’usage de strict déplacement qui peut être attribué à la mobilité. Cette dernière est dans cette dynamique de mutliplicité des usages un vecteur important dans la fabrique de la ville, voire même parfois comme une structure centrale. 

Exemple : Le Transit-Oriented Development (TOD)

Dans cette recherche sur la mobilité, le transit oriented development place la mobilité au centre des espaces. Il s’agit de développer un quartier mixte à forte densité autour d’un lieu dédié à la mobilité, comme une gare ou un pôle multimodal. L’objectif est que toutes les activités se situent à moins de 800 mètres d’un grand centre de mobilité. Ce système de développement privilégie donc l’utilisation des transports en commun dans une organisation polarisée du territoire.

La nouvelle mobilité est-elle l’immobilité ?

L’urgence climatique nous pousse à penser la nouvelle mobilité, décarbonée et éco-responsable. La ville de demain semble donc privilégier les mobilités douces. Léa Marzloff, directrice d’études au sein du cabinet Chronos, appelle dans ce cadre à “calmer nos modes de vie”. L’ère des mobilités légères est en route, rompant avec la tradition de l’hypermobilité. L’objectif est de rationaliser les trajets : le déplacement urbain de demain sera celui qu’on ne fera plus. Les mobilités actives comme la marche et le vélo sont des solutions économiques et performantes pour des courts trajets en ville. 

Pour aller plus loin : LA VILLE EN RYTHMES : L’ESSOR DU CHRONO-URBANISME, DE LA VILLE DU QUART D’HEURE ET DE LA VILLE MALLÉABLE

“Notre imaginaire de la modernité nous a encouragés à bouger toujours plus, mais il y a sans doute des besoins de déplacements que l’on devrait pouvoir annuler.”

Raphaël Ménard, Président du directoire de l’Arep

Vers une approche durable à hauteur d’homme des mobilités sur les territoires ?

Accessibilité et inclusivité, des mobilités durables pour tous sur tout le territoire

Ces différentes approches de la mobilité se rejoignent dans leur durabilité et leur inclusivité. Promouvoir des transports pour tous est essentiel pour une bonne cohérence du territoire et un modèle soutenable.

A toutes les échelles, l’organisation du territoire connecte à la fois les espaces, les personnes et les activités. Pour cela, l’aménagement nécessite de comprendre au mieux le territoire et les usagers. Étudier l’échelle de proximité et l’environnement permet de produire des infrastructures et une organisation adaptée et résiliente pour tous les usagers : enfants, adultes, personnes âgées et personnes à mobilité réduite. La mobilité est plus qu’un simple déplacement, elle est un droit.

Exemple : Gratuité dans les transports, fausse bonne idée ?

Déjà présente dans 35 villes pour des raisons sociales et environnementales, la gratuité dans les transports pose question. Des villes de grande taille commencent à envisager cette mesure comme Caen, Perpignan, Metz, Toulouse, Brest ou encore Poitiers. Cet usage est un outil de lutte contre la fracture territoriale et contre le réchauffement climatique – en incitant l’utilisation des transports en commun. Il doit cependant s’intégrer aux territoires et à sa population pour avoir un réel impact positif. Il s’agit de se demander si cette gratuité doit être partielle ou non, sur quel territoire doit-elle s’appliquer, sur quel laps de temps, sur quel type de transport, pour quelles personnes, etc, sous peine d’avoir de potentiels effets négatifs sur le territoire.

Exemple : Jeux Olympiques 2024 de Paris et design actif

Solideo et Paris 2024 souhaitent développer des aménagements durables et porter les valeurs et les vertus du sport. Dans ce cadre, les sites emblématiques du village olympique et des médias ont été conçus à travers le prisme du design actif. Ceci est un type d’urbanisme mettant en valeur les différentes formes de mobilité active : marche, vélo, course à pied… C’est entre autres, la fin des ascenseurs et des escalators. “Très concrètement, de façon opérationnelle, il s’agit vraiment de venir modeler l’espace public ou les bâtiments pour éviter l’adoption de comportements sédentaires, pour bouger un peu plus” explique Clara Isabel, chargée de mission pour l’aménagement urbain du Village Olympique à Paris 2024.

La logistique urbaine, rupture de charge et livraison sans nuisance

La question de la mobilité durable concerne aussi les flux de biens. La question de la logistique urbaine et du dernier kilomètre sont un des principaux défis de la mobilité. Repenser ce système permet de penser une alternative conciliant efficacité et écologie afin d’éviter par exemple des conflits d’usages sur la voirie. Une rupture de charge en périphérie de la ville et une livraison sans nuisance sont des leviers de changements.

Comme vu plus haut, un moteur électrique ou bien un véhicule roulant avec des carburants verts permet de réduire considérablement l’impact carbone de la logistique. Dans la lignée des valeurs portée par le design actif, les livraisons en vélo-cargo sont aussi des moyens pour concilier efficacité, inclusivité et respect de l’environnement.

Pour aller plus loin : QUAND LE VÉLO S’INVITE DANS LE SERVICE DE LIVRAISON, RENCONTRE AVEC LA COOPÉRATIVE « LES COURSIERS NANTAIS »
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