La ville sensible, une expérience vécue

Comment les usages de la ville varient-ils selon les individus ? Comment prendre en compte les différentes expériences dans l’aménagement urbain et la fabrique du territoire ?

Temps de lecture :  3 min – 8 Octobre 2020 – L’équipe de LaVilleE+


La ville est bien plus qu’une simple organisation d’infrastructures, elle est sensible. C’est une véritable expérience. Elle est vécue, perçue et représentée. Ce sont plusieurs identités qui se côtoient et s’expriment dans un espace restreint. La ville est donc sensible. Comprendre les usages et les représentations des territoires permet de développer un aménagement inclusif et accessible à tous, de “haute qualité d’égalité”. Voir la ville autrement, à hauteur d’Hommes, de femmes, d’enfants, de personnes âgées, de personnes handicapées, permet de réapprendre la ville, ses usages et les dynamiques d’appropriation.

La ville sensible, une agrégation d’expériences

La ville vécue, perçue et représentée 

Depuis le début du 21ème siècle, un courant particulier se développe dans le monde anglo-saxon, basé sur les perceptions, le vécu et les représentations : la géographie des émotions. S’intéresser aux dimensions émotionnelles des espaces, selon chaque individu, est révélateur de la durabilité et de la bonne conception d’un lieu. Cela permet donc de mieux concevoir la ville

Pour aller plus loin : VILLES ET CRISES, RÉSILIENCE SE CONJUGUE AU PLURIEL

En plus d’une recherche technique, un diagnostic émotionnel dans la cadre de l’aménagement d’un quartier permet de comprendre les représentations des différents espaces qui constituent ce lieu, et donc de concevoir le meilleur projet possible pour tous. Par exemple, si un lieu est perçu comme “triste”, les aménageurs peuvent développer différentes offres urbaines pour remédier à cela : éclairage, végétation, art, etc. 

La ville au pluriel, superposition d’usages

Les expériences et perceptions d’un territoire sont plurielles. Il y a une superposition d’usages et de représentations des espaces différents selon les individus. Prendre en compte cette diversité permet d’aménager des espaces inclusifs et adaptés à tous. Il ne s’agit pas seulement de construire à hauteur d’Hommes mais aussi à hauteur d’enfants, d’adolescents, de seniors, de femmes ou encore de personnes à mobilité réduite. 

Par exemple, pour une personne à mobilité réduite, les arrêts de bus ne sont majoritairement pas conçus pour pouvoir monter dans le véhicule sans à avoir à parcourir un espace entre le trottoir et la route. De même, les bancs et les espaces calmes sont peu nombreux afin de permettre des pauses pour les personnes âgées ou les enfants. Penser la ville sensible signifie donc prendre en compte tous ces vécus et ces perceptions afin d’aménager un lieu où tout le monde se sente bien et puisse s’approprier l’espace.

Exemple : Un espace à usages mixtes, l’immeuble CB3 à la Défense

Dans le quartier d’affaires de la Défense, le bas de l’immeuble CB3 est un exemple d’appropriation de l’espace. Bien que le bâtiment n’accueille aujourd’hui plus d’activité d’entreprise, les vitres faisant office de façade sont utilisées par des dizaines de danseurs et danseuses quotidiennement. Ces usagers “inhabituels” aux représentations qu’on se fait de ce quartier d’affaires côtoient donc les personnes allant dans les bureaux. L’usage de cet espace est mixte : un espace de déplacement, une salle de danse et un lieu de rencontre et de convivialité.


La ville comme une expérience vécue positive

(Ré)apprendre la ville

L’expérience urbaine doit être positive, stimuler les sens et participer au bien être. C’est pourquoi, réadapter et réapprendre les usages de la ville permet d’assurer une bonne appropriation de l’espace pour tous. Il s’agit de voir la ville selon différents filtres pour comprendre les différentes dynamiques d’occupation et d’usages de l’espace. 

Pour aller plus loin : UN VILLAGE DANS LA VILLE, L’URBANISME DE PROXIMITÉ EN QUESTION

C’est dans ce cadre que le réseau européen Child in the City participe au développement de la ville à taille enfant. Au-delà de la question de la présence des aires de jeux, le sujet est de rendre la ville plus agréable aux jeunes dans son intégralité. Une des principales préoccupations de ce réseau est d’adapter les modes de déplacement afin que les enfants puissent s’ouvrir à la ville. 

Dans ce sens, suite à un appel à idées, la RATP a aménagé les lignes de métro 1 et 14 pour que les enfants puissent se l’approprier de manière ludique. Sur ces lignes automatiques, ce sont 2 (faux) postes de commandes qui ont été installés aux extrémités des wagons pour rendre le transport le plus agréable et amusant possible aux enfants. 

Exemple : Des espaces sportifs pour tous à Malmo en Suède

A Malmo en Suède, la municipalité a constaté que certaines infrastructures n’accueillent pas une population mixte malgré l’apparente neutralité de l’usage de ces derniers. C’est le cas du skatepark, qui n’était occupé que par une population masculine. La mairie a donc développé des créneaux de non-mixité afin que les filles puissent utiliser le skatepark sans “être bousculées par les garçons”, pour reprendre les mots des utilisatrices sur place. Cette mesure a permis à la population féminine de s’approprier l’espace et, désormais, d’utiliser cet espace librement. La représentation de cet espace a évolué. Il est perçu aujourd’hui comme un lieu non genré, où tout le monde peut s’y exprimer. Cette politique qui a montré des résultats probants a été élargie à d’autres infrastructures sportives, comme les terrains de football. 

Vers un urbanisme de “haute qualité d’égalité”

En traitant des données émotionnelles à différentes échelles et notamment dans des micro-espaces, le modèle de la ville sensible permet de “décaler le regard” et de développer une autre forme de compréhension des territoires. La démocratisation de promenades urbaines dans plusieurs municipalités permet aux différents acteurs de comprendre et de se sensibiliser aux différentes expériences que peuvent ressentir les usagers vis-à-vis de plusieurs espaces selon leur identité. Cette compréhension permet de tendre vers un urbanisme de “haute qualité d’égalité”, ouvert aux sensibilités de tous.

L’association Genre et Ville a notamment développé les ateliers PAsSaGEs ( Programme d’Actions Sensibles au Genre et Espaces). Ils consistent à effectuer une promenade, “une marche sensible”, où chaque individu doit essayer de comprendre le ressenti de divers individus dans ces espaces : femmes, hommes, enfants, et personnes handicapées entre autres. Il n’y a donc pas de solution monolithique. La conception de l’espace doit être intersectionnelle et s’adapter à son territoire.

Exemple : « Réinventons nos places » lancée par la mairie de Paris

Genre et ville a mené dans ce cadre de nombreuses marches avec des équipes d’urbanistes et d’architectes pour réinventer certaines places de Paris : Bastille, Fêtes, Gambetta, Italie, Madeleine, Nation et Panthéon. Les aménagements sont pensés afin d’avoir un usage mixte, accessible et appropriable pour tous suite à une concertation et une co-production approfondie : une fabrique de la ville “ensemble”.

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